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La photo que je ne prendrai pas (Buenos Aires, 2005)

Juillet 2005, quartier de la Recoletta. extrait de mon carnet de voyage :

Je suis dans une parrilla quelconque de la Recoletta. Un vieux finit son repas au fond du restaurant, à côté de la fenêtre qui donne sur la rue. A ma gauche, un type bloque depuis une demi-heure sur un palm dernier cri : sans doute un riche porteño, ou alors un touriste. Ici, ce genre d’engin doit coûter plusieurs mois du salaire d’un ouvrier. En arrière plan, une publicité pour une marque de champagne local. Mur de briques, rouge, brun et noir. En un clin d’oeil, je vois le genre de photographie que je pourrais prendre, du genre de celles qui expriment la solitude d’un personnage et le contraste entre la vie contemporaine et une certaine idée d’un passé figé dans la nostalgie : le vieux du fond a le profil de Perón, un de ces profils à porter le costume et à avoir eu les cheveux gominés dans les années cinquante. En une seconde, je comprends que je ne ferai jamais cette photo car je déteste viser les gens à l’improviste. J’ai toujours détesté ça, d’aussi loin que je me souvienne. Pourtant, je “vois” le type de cliché que ça donnerait, son intérêt plastique et documentaire. Je sais que je saurais construire l’image, que ça aurait un bon rendu, un bel impact…

Mieux vaut foutre la paix aux gens. Je préfère finalement écrire…

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